Mandrin : Héros ou Hors-la-loi

MandrinC’était manifestement un hors-la-loi, mais, de son vivant et surtout après son exécution, il a bénéficié d’une réputation de héros et de redresseur de torts.

On ne peut nier qu’à l’occasion de ses expéditions, il a fait usage de violence, ne craignant pas de tuer des gardes ou employés de la Ferme (par exemple celui qu’il a tué avec son enfant dans les bras, tué en même temps, ou encore une femme enceinte chez qui un employé de la Ferme s’était réfugié à  St. Rome du Tarn, sans parler des exécutions sommaires)

A sa décharge, on peut relever :

1/ les motifs de son entrée en rébellion : en 1748, il passe contrat avec la Ferme Générale pour rassembler des mulets destinés à l’armée française en Italie : il en perd une grande partie dans la traversée des Alpes et la Ferme refuse de le payer – le 27 juillet 1753, son frère cadet est pendu pour faux monnayage. C’est alors qu’il entre en rébellion.

2/ l’impopularité de ses ennemis attitrés lui valent la sympathie et, au minimum, l’indulgence de ses contemporains dont voici quelques exemples :

–   On a trouvé dans le registre paroissial du curé de St Médard (en Rouergue) une complainte

« Brave Mandrin,

Que ne fais-tu rendre bon compte,

Brave Mandrin,

A tous les malotrus de vin,

De sel, de tabac, qu’ils ont honte

De voler pauvre, riche et comte,

Brave Mandrin. »

  • Dans sa correspondance, Voltaire le présente comme « le plus magnanime des contrebandiers » alors que lui-même n’est pas tendre pour ses ennemis : « Je vais vous raconter une histoire de brigands : il était une fois un fermier général ……. j’ai oublié le reste ». Il écrit encore : « le peuple aime ce Mandrin à la fureur : il s’intéresse pour celui qui mange des mangeurs de gens »
  • Il respectait un minimum de formes : par exemple, à Montbrison, il fait dresser procès-verbal par un procureur de sa transaction avec le receveur du grenier à sel. Dans la même ville, selon certains témoignages, il délivre des prisonniers à l’exception des voleurs et assassins.

C’est cependant après son exécution, le 24 mai 1755, que sa gloire posthume se manifeste par une abondante littérature, majoritairement favorable, qui, sans émaner d’auteurs en vue, de ceux qu’on a appelés « les philosophes », annoncent et justifient par avance la Révolution de 1789.

On peut citer, entre autres :

  • « L’ORAISON FUNEBRE », où il est qualifié de « Héros de notre siècle », « le cœur plein de ces desseins vastes que les héros seuls peuvent exécuter » : « la Terre pleura son Héros et elle rougit de n’avoir pas été digne de le conserver plus longtemps »
  • Le « DIALOGUE ENTRE CHARLES XII ET MANDRIN » de Mme de Beaumer (1760) développe l’idée selon laquelle tout homme en vaut un autre, qu’il soit brigand ou roi. La mort de Mandrin est rapprochée de celle de Charles Ier d’Angleterre. Il est présenté comme « remarquable par ses actions pour avoir su faciliter à ses compatriotes les moyens d’avoir à moindre prix les choses nécessaires à la vie et ses commodités, tâche éminemment digne d’un prince père de son peuple »
  • Dans le « TESTAMENT POLITIQUE de Louis Mandrin » (1755), présenté comme écrit par lui-même en sa prison, l’auteur (un certain Ange Goudar) s’attache à démontrer que le système de la Ferme Générale finirait par appauvrir et ruiner l’Etat et le Souverain. Une analyse de ce « testament » a été présentée aux Etats Généraux en 1789.
  • En face des nombreux écrits à la louange de Mandrin, on peut citer un ouvrage à charge,
    « La MANDRINADE ou l’histoire curieuse, véritable et remarquable de la vie de Louis Mandrin » (1755) dans laquelle le seul élément positif est la résignation et le courage avec lesquels il affronta sa mort.

CONCLUSION :

Hors la loi ou héros : on compare souvent Mandrin à Robin des Bois « brigand au grand cœur ». Hors la loi ou héros, brigand au grand cœur, une ambiguïté que l’on peut assimiler aux deux faces d’une pièce de monnaie.piecesCette ambiguïté du personnage de Louis Mandrin ramène à l’éternel problème de la légitimité de l’usage de la violence contre la tyrannie et l’injustice.

 

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